Danse orientale, danses orientales et préjugés (2) :

Deuxième chapître de la série d’articles de Diwan-Centre autour des préjugés liés au terme de « danse orientale », thème du spectacle annuel de notre atelier »Diwan Danses d’Orient » :  » Diwision ». La danse orientale serait-elle une danse exclusivement féminine ? N’y aurait-il qu’un seul style : la « bellydance » ? les hommes seraient-ils dépourvus de sensualité? A bas tous ces clichés!

La danse : c’est pour les filles ?

C ‘est un fait : les cours de danse en général comptent beaucoup plus de femmes que d’hommes à tel point que les cours de danse de salon ont parfois du mal à trouver des « cavaliers ». Selon les pays le phénomène est plus ou moins accentué : ainsi en Allemagne les rudiments de la danse de salon et de la musique d’ailleurs font partie intégrante de l’éducation, que l’on soit un garçon ou une fille. Sur d’autres continents, par exemple en Amérique du Sud la musique est partout et l’on est habitué depuis la plus tendre enfance à bouger son corps au rythme syncopé de la salsa, de la samba, même si l’on n’a jamais fréquenté une école de danse, ou bien dans le Maghreb où les rues bruissent du son des crotales, des bendirs, et des musiciens gnawa, où l’on danse jusqu’au bout de la nuit sous les tentes de mariages. En France nous n’avons pas cette culture de la musique populaire et du rythme ; la musique et la danse sont des arts codifiés enseignés dans des écoles associatives ou des conservatoires. Et les parents de jeunes enfants inscrivent leurs garçons au foot ou au judo, les filles à la danse, si possible classique parce qu’elle a ses lettres de noblesse et que le tutu rose fait encore rêver les petites filles. La fréquentation des cours de danse orientale qui pâtissent déjà d’une mauvaise image, s’en ressent d’autant plus que la discipline n’est pas encore vraiment codifiée et qu’il n’y a pas de diplôme officiel d’enseignement de ces danses si diverses.

La « danse orientale » : une danse naturellement et historiquement féminine ?

On lit sur bien des sites que « la » danse orientale serait une survivance d’une forme de rituel sacré dédié à la Déesse mère des sociétés matriarcales pour assurer la fertilité des femmes.  » Elle reproduisait symboliquement les mouvements de la conception et de l’enfantement »    (S. de Soye “ La danse orientale et ses accessoires ”, id.

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La dame noire de Sefar (Préhistoire)- Danseuse et musicienne (Grèce)
Danseurs et danseuses égyptiennes -Tombe d’ Anteqofer (-1968 avant JC)

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le bas relief égyptien ci dessus représente manifestement une danse à laquelle participent des hommes et des femmes !

Danse orientale? danses orientales?

Certes le style majeur des années 30 à 50 en termes de « danse orientale » véhiculée par le cinéma et le cabaret est le « raqs sharki » pensé pour être dansé par des femmes, notamment le fameux costume deux pièces à sequins. Certes il s’agit d’une danse éminemment sensuelle et gracieuse. Mais que diable! les hommes seraient ils dénués de grâce ou de sensualité? En ce cas pourquoi les grands noms de la danse classique européenne qui nous viennent spontanément à l’esprit sont-ils des noms masculins ? Rudolf Noureiev? Maurice Béjart ? Patrick Dupond ? Les hommes seraient-ils condamnés à des chorégraphies mettant en valeur leur musculature virile? Voici de quoi vous convaincre du contraire et ceci se passe au Liban .

Par ailleurs le « raqs sharki » (« bellydance ») n’est qu » un style parmi toutes les danses orientales.

Et si des nos jours c’est une évidence c’est justement grâce à un homme « Mahmoud Reda » considéré comme le père de la danse orientale parce qu »il a été le le premier chorégraphe égyptien à monter des spectacles conçus pour la scène montrant autre chose que la danse dite « du ventre ». Ses chorégraphies combinent des danses folkloriques égyptiennes traditionnelles et des styles occidentaux comme le ballet et notamment

le Saïdi : Folklore de haute Egypte, avec ou sans bâton, style terrien faisant référence à la terre
la Melaya : Folklore d’Alexandrie, avec pour accessoire un très long voile bordé de pastilles colorées sur tout son pourtour.
le Fellahi : Folklore campagnard d’Egypte, joyeux . (« Fellah » signifie paysan en arabe)
la Dabke : Folklore en ligne du Moyen Orient, caractérisé par des frappes de pied au sol.
le Khalegee : Folklore du golfe persique, caractérisé par des mouvements de tête et du haut du corps
la Nubienne : Folklore de Nubie, entre Egypte et soudan, un folklore souriant et joyeux
la Hagallah: Folklore du nord de l’Egypte, caractérisée par des mouvements de hanches très amples

Beaucoup de compagnies se revendiquent aujourd’hui du style Mahmoud Reda, mais n’est pas Mahmoud Reda qui veut et les temps changent. Avec la mondialisation les danses orientales qui sont pratiquées dans le monde entier évoluent maintenant vers des styles créatifs qui n’ont plus rien de traditionnel par exemple les percussions ou la fusion.

Contrairement au « raqs sharqi  » ou à son ancêtre le « raqs baladi » qui se dansent plutôt en solo ou en duo, toutes ces danses issues des folkores sont des danses de groupe, complètement mixtes . Certaines d’entre elles comme le saïdi sont même des danses masculines proches des arts martiaux. Et il faudrait rajouter à ce tour d’horizon qui est loin d’être complet toutes les danses « sociales », où il n’ y a pas de public, et qui peuvent différer selon les pays ou les régions. Lire à ce propos le très bel article de Myriam Guellouz, invitée du podcast ‘Tarab » cité en fin du premier article.

https://vous-avez-dit-arabe.webdoc.imarabe.org/culture-societe/les-loisirs/la-danse-orientale-est-elle-la-meme-partout-2

et au magnifique site de Kif-Kif Bledi

Je vous invite aussi à faire un petit tour sur le site de Filipe Lourenço musicien, chorégraphe et danseur originaire de la région Centre où il propose des stages alliant danse contemporaine et danses traditionnelles du Maghreb et se produit régulièrement. L’un des derniers stages a eu lieu au CCN d’Orléans en juin 2018.

Alors ? Danse vulgaire ? Danse de femmes? En êtes vous toujours persuadés?

Danses d’orient, danses de femmes,
Les hommes n’y ont-ils pas laissé leur âme ?
E.tats d’âmes, certes, à travers cet art ; art martial aussi
Combats des bergers de la Haute Egypte, qu’est le saidi
Bâtons, tahtib, tournoyant dans les airs,
Dansant lui aussi, au-dessus de nos têtes,
Puis s’abattant brusquement par terre et,
Mizmar, derbouka et duff en rythme de fête.
Combats d’hommes menaçants à coup de bâtons,
D’abord art martial masculin,
Puis peu à peu chorégraphié par le corps féminin
La danse orientale n’est que pour les femmes ?
La danse sensuelle serait-elle l’apanage des dames ?
Nous allons vous prouver que non, messieurs dames !
Poème d’Anna Journet

Lien sur les articles liés à cette publication en rapport avec notre spectacle virtuel « Di Wision » qui sera projeté publiquement le 13 décembre 2020 – 11 h – au Cinéma les Carmes.

Introduction : danse orientale, danses orientales et préjugés

chapitre 1: danse vulgaire et provocante?

chapitre 2 : danse de femmes?

chapitre 3 : danse de « stars » ?

chapitre 4 : danse du ventre ?

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