Soixante-treize « Poilus » venus du Maghreb, morts pour la France à Orléans

 

 L’hommage de Diwan-Centre

Soixante-treize soldats venus d’Afrique du Nord sont morts à Orléans pendant la grande Guerre.

Soixante-sept d’entre eux reposent dans le carré militaire du Grand Cimetière d’Orléans. Qui sont-ils ? D’où venaient-ils? Pourquoi  Orléans?

Diwan-Centre a mené l’enquête avec l’aide des Archives municipales d’Orléans.

Archive privée

Août 1915-

Un homme pose devant un wagon de blessés en gare d’Orléans. Il est en djellaba, et tient dans sa main gauche, une canne au pommeau sculpté.  Nous sommes dans la seconde année de la Grande Guerre et la France recrute à tour de bras dans ses colonies et notamment en Afrique du Nord. Il n’est pas en tenue militaire. Peut-être est-ce un des  travailleurs coloniaux, venus à Orléans pour faire tourner les usines de la région et remplacer les hommes partis au front? On sait par exemple que la sucrerie de Pithiviers employait massivement des kabyles.

Est-il algérien, marocain ou tunisien ? Que fait-il dans cette gare?

Sa chechia ou son turban  évoque une  tribu kabyle :  peut-être  les Ait Yala,  une tribu  du département de  Constantine  du temps de la colonisation française.  Il pourrait s’agir par exemple d’  Abdallah Ben Amar Meraidi, conducteur de train, originaire de cette ville, décédé à l’hôpital mixte d’Orléans deux mois avant la fin de la guerre,  des suites d’une maladie contractée pendant le service. Il faisait partie du 5° Escadron du train des équipes militaires. (5° EMTM).

Le train revêtait une importance capitale car la ligne de front n’était pas  en Région-Centre : les trains amenaient les nouvelles recrues  directement depuis leur port d’arrivée sur  le front. Beaucoup prenaient le bateau ou le train pour la première fois. Les trains ramenaient aussi les blessés. Orléans servait de gare de transit.

Train de troupes indiennes quittant le Camp de Cercottes (Orléans) pour le front Source : Troupes indiennes 1914 1915

La gare d’Orléans était le point stratégique d’arrivée de toutes ces populations. Les rapports de la police municipale détaillaient pour chaque convoi en partance vers le front, le nombre de soldats, leur nationalité, leur provenance .Choc réciproque facile à imaginer : Pour les intéressés, qui à en lire la légende de la carte postale précédente « emplissaient leurs yeux de la vision de  nos paysages « (!) comme pour la population orléanaise, qui découvrait  ces   étranges  étrangers-dont les quelques 90 000 soldats de l’Indian Corps qui transitaient par le camp de Cercottes où ils recevaient une formation d’une journée au maniement des nouveaux fusils.

Ils découvraient aussi  les maghrébins,   ceux que le maréchal Juin  appellera plus tard « les démons en djellaba »,  car ils passaient pour se battre jusqu’au dernier souffle.

« Disciplinés au feu comme à la manœuvre, ardents dans l’attaque, tenaces dans la défense de leurs positions jusqu’au sacrifice, supportant au-delà de toute prévision les rigueurs du climat du nord, ils donnent la preuve indiscutable de leur valeur guerrière ».

(Alexandre Millerand,  ministre de la guerre, puis président de la République à propos de la Division Marocaine,  qui malgré son nom comprenait des combattants issus des trois pays du Maghreb. )

Le fait est, que pour la plupart, les maghrébins n’avaient aucune formation ou expérience militaire en dehors des soldats de métier, engagés volontaires avant la guerre et que l’adaptation au terrain, au climat, à la guerre a du être rude, d’autant plus que les  nouvelles  recrues d’Afrique du Nord dont le recrutement était devenu indispensable à partir de 1915 compte tenu de l’hécatombe des premiers mois de la guerre,  étaient lancées directement dans la bataille.

« Avec le début des hostilités(…)les combattants algériens, tunisiens et marocains ainsi que les spahis sont envoyés sans grande préparation en première ligne aux côtés des Troupes d’Afrique Noire et des Européens d’Afrique du Nord.  »

Le 7° régiment de tirailleurs algériens

Environ 260 000 soldats d’origine maghrébine ont perdu la vie durant la première guerre mondiale. Les chiffres diffèrent  selon les sources . L’Algérie, département français, a fourni le plus gros contingent de soldats venus d’Afrique du Nord. En effet à partir du 9 octobre 1915, tout Algérien était mobilisable à partir de 18 ans. Environ 180 000 Algériens ont combattu dans l’armée française. A ce chiffre il faut rajouter les quelques 120 000 travailleurs coloniaux venus d’Algérie qui faisaient tourner les usines

Si les Algériens n’avaient guère le choix, les Marocains et les Tunisiens, qui vivaient sous le protectorat français,  n’avaient pas obligation de s’engager. D’ailleurs les volontaires ne se bousculaient pas : Au Maroc Liautey avait besoin de troupes « indigènes » sur place car le pays était encore largement insoumis. En Tunisie, un pays  qui  avait fait partie de l’empire ottoman jusqu’en 1881, les engagés volontaires allaient devoir combattre pour la première fois aux côtés de la France contre les Turcs. La situation était complexe dans les deux cas , mais la France a réussi à mobiliser environ 71 000 Tunisiens et 40 000 Marocains envoyés en grande majorité sur le front français.

Il y eut des engagés volontaires, attirés par la promesse de primes et indemnités diverses.

Deux  vignettes de l’excellente BD « Le tirailleur » de Pietro Macola et Alain Bujak-Futuropolis-2004-

16 000 Tunisiens, 11 000 Marocains mourront au champ d’honneur, soit environ  un sur quatre- comme pour  les soldats de la métropole.

Ne reposent dans le carré militaire que les soldats morts à Orléans dont les familles n’ont pas réclamé le corps.

Orléans n’était pas sur la ligne de front,  mais son territoire était placé depuis le 4 septembre 1914 dans la zone des armées.  La ville qui comptait sept casernes, vivait  au rythme de l’afflux des blessés. Soixante-sept soldats d’Afrique du Nord,  morts pour la France ,  y sont enterrés dans le carré militaire  dit « cimetière musulman » du Grand Cimetière.  Six autres ne sont pas dans le cimetière militaire mais sont mentionnés comme décédés à Orléans pendant la guerre et étaient enterrés au Cimetière  en 1919.

Plan du Carré Musulman en 1919. Le chiffre de 60 tombes  est mentionné sur le document. Certaines tombes de la liste sont dans d’autres sections du cimetière militaire. Des variations notables sur la transcription des noms et prénoms rendent la comparaison avec le plan actuel peu aisée.

 38 Algériens, 13 Tunisiens, 9 Marocains  et 13 soldats dont on ne connaît pas la nationalité et parfois pratiquement rien.  Pour certains, elle est  déduite de leur corps d’appartenance,  mais on ne connaît pas leur  lieu de résidence ou de naissance  précis.  Quand aux trois travailleurs coloniaux Messaoud ben Mohammed, Mohammed Ben Mohammed Ben Bou et Belouar Arezk Ben Mohamed, nous n’avons que leur nom et la date de leur décès.   Identifiés puisqu’ils sont morts à l’hôpital, mais leurs dossiers n’ont pas suivi. Diwan-Centre a relevé par croisement de données les informations dont nous disposons.

Base de données des 67  « hommes » * venus d’Afrique du Nord   et reposant dans le  carré militaire au Grand Cimetière d’Orléans (plus les 6  décédés aussi à 0rléans,  mais absents du cimetière militaire).

*Un lecteur a attiré notre attention sur la connotation négative au départ du mot « Poilu » employé par les hauts gradés  pour désigner les soldats dans les tranchées. Il ne s’appliquait pas aux travailleurs coloniaux. Entre temps le mot « Poilu » a  perdu cette connotation, C’ est même un titre de gloire. 

L’hôpital auxiliaire 21, 1 Rue Pasteur- Orléans (90 lits)

Tous sont décédés dans des hôpitaux d’Orléans, suite à leurs blessures ou à des maladies contractées pendant le service.  Il s’agissait le plus souvent de locaux temporaires, auxiliaires-administrés par la Croix Rouge-, ou complémentaires-gérés par l’état. On avait réquisitionné à cette fin  des  châteaux, des écoles, des églises, car l’hôpital de la Porte Madeleine, qui ne comptait  que 1100 lits, ne pouvait pas  accueillir tout le monde. Pas moins de 42 lieux, de 20 à 130 lits chacun,  furent ainsi utilisés pendant toute la guerre pour accueillir les flots de blessés.

(Voir plan interactif de la ville pendant la guerre sur le site des archives municipales.  Sous chaque icône se cache une fiche concernant le lieu.)

Ainsi l’hôpital 42 est l’actuel Collège Jeanne d’Arc . Trois des  soldats de notre liste y sont décédés.:  Abdelkader El Maroufi, Ali Ben Mohamed ben Ahmed  et Messaoud Ben Mohamed.

Des avis de décès paraissaient dans la presse locale. Ci dessous par exemple l’avis de décès d’Ammar Ben Messaoud dans le Journal du Loiret.

Source: Aurelia bibliothèque numérique d’Orléans

Les hôpitaux d’Orléans étaient des hôpitaux « de l’intérieur ». Les blessés arrivaient de la ligne arrière – 300 à 400 kilomètres plus loin – par des trains sanitaires équipés de brancards qui permettaient aux soignants de circuler, ce qui veut dire que ces blessés  ne faisaient pas partie des « urgences » traitées sur place. On avait juste paré au plus pressé : pansement, sérum antitétanique et dans le meilleur des cas un peu de morphine

Embarquement de blessés attendant sur des civières dans un train-hôpital à  la gare de Cambrai en 1916 – Source : le figaro histoire

Les fiches à remplir par l’administration militaire  sont en général muettes sur la nature des blessures ou sur les maladies contractées par ces soldats. L’une d’entre elles, celle du tunisien Ammar Ben Messaoud, mentionne une « gangrène gazeuse. », l’infection la plus commune et la plus redoutée, vu les conditions sanitaires.

 

 

 

Son compatriote Ahmed Ben Brahim Ben Hadj est mort quant à lui d’une tuberculose pulmonaire et osseuse. Quant à Ghoul Mohamed Ould Kaddour décédé  en Décembre 1918 après l’armistice il n’a pas survécu à la « grippe sur une  infection généralisée » .

Il s’agit vraisemblablement de la grippe espagnole, une pandémie mondiale qui a fait 50 millions de morts en 1918.

Les fiches évoquent  pudiquement des « suites de blessures » sans en donner la nature  et rarement la date, ce qui ne permet pas de savoir combien de temps les blessés ont  souffert.  Mais quelques informations ressortent malgré tout.

Ainsi pour le malheureux engagé volontaire algérien gravement blessé Amligh Ben Ammar cela a duré trois semaines.  Son compatriote le Sergent Bouhaik Abdelkader, malade depuis février 1916 a mis six mois avant de mourir.

Mourir de ses blessures ou vivre toute sa vie avec une gueule cassée ou un corps amputé tel était le lot de tous les  blessés de la grande guerre.

 

Lettre de demande d’aide pour une jambe artificielle Source : site des archives municipales d’Orléans

Le maghrébin qui en réchappait après avoir subi une amputation, n’avait vraisemblablement pas les moyens de s’acheter une prothèse.
En témoigne cette lettre d’un tirailleur resté à Orléans qui écrit au Président de la République pour lui demander une aide pour acheter une jambe artificielle  en lieu et place du pilon de bois qui lui sert dorénavant de jambe.

Un article des « Chroniques du centenaire de la Guerre de 14/18 » ( le Monde- 24 Octobre 2014 ) laisse même  entendre que les autorités françaises hésitaient à renvoyer chez eux les blessés de guerre maghrébins de peur que cela ne dissuade les jeunes recrues potentielles de s’engager.

La structure de l’Armée d’Afrique est complexe, mais les maghrébins enterrés à Orléans sont pour la grande majorité « tirailleurs », ce qui nous évite des explications compliquées.

Les Marocains sont issus à une exception près du premier régiment de tirailleurs marocains et sont décédés en majorité en 1915 dans la seconde année de la guerre, qui fut la plus meurtrière. Ce régiment d’élite, qui avait été formé le 1° Janvier 1915 suite à la disparition complète des Troupes Auxiliaires Marocaines  décimées lors de la bataille de la Marne, comptait 5000 hommes. Seuls 700 en ont réchappé. Les tirailleurs marocains de cette unité ont participé à toutes les grandes batailles de la guerre : la bataille de l’Ourcq,  la bataille d’Artois en 1915, puis les batailles de Verdun et de la Somme et plus tard l’offensive du Chemin des Dames.

Un seul marocain, Brahim Ben Mohammed, était  un spahi, soldat professionnel appartenant à un corps de cavaliers de prestige. La seconde division dont il faisait partie était en première ligne.

 

Malgré son expérience lui aussi est  mort dès le début de la guerre le 5 octobre 1914.

Les Tunisiens sont tous du 8° régiment de tirailleurs, décédés entre 1916 et 1917. Ce régiment était aussi en première ligne et a fait Verdun, Douaumont et le chemin des Dames.

Les tirailleurs portaient des tenues militaires différentes selon leur pays d’origine et leur grade, avec de nombreuses variantes, en général plutôt colorées. Mais pour survivre il faut se fondre dans le paysage et ces couleurs en faisaient des cibles de choix. (Le rouge garance des français n’était guère plus judicieux!) . Sur le terrain  il fallait de toutes façons se protéger du froid .

« Puis, au fur et à mesure que la guerre se prolongeait et que le nombre des Marocains à habiller croissait, on leur distribua les mêmes effets qu’à toute l’infanterie française, mais en drap kaki, comme à l’Armée d’Afrique. De sorte que les documents nous montrent, dès 1915, une grande variété dans la coupe des vêtements : vareuses à collet droit à collet rabattu, à un rang de boutons, à deux sarouals et culottes, djellabas et quelques capotes. »En 1915, le casque fut distribué, orné du croissant des tirailleurs. Naturellement, furent aussi distribués les effets de tranchée : passe-montagne, gants de laine, chandails, chaussettes. »

(Extrait de l’article « Uniformes et traditions » par le Colonel Sabretaches)

Tirailleurs  tunisiens en gare d’Austerlitz . Source : Allhuffpost maghreb

 

 

 

 

Tirailleur marocain

Spahi
Tirailleurs algériens dits  » turcos »

 

Quant aux tirailleurs algériens, les plus nombreux dans ces hôpitaux  orléanais, ils sont issus des neuf premiers régiments de tirailleurs algériens et les décès vont du début à la fin de la guerre. Neuf appelés algériens sur 36 soit un sur quatre sont morts dès le début de la guerre en Septembre et Octobre 1914 : Amligh Ammar (43 ans), Mohamed Benaïssa (30 ans),   Chouarfia Miloud, Delbouzi Ahmed (37 ans)-Ali Ben Habett  (20 ans),  Kanfousse Mulud Ben Larbi, Meslem Abdelkader et  Mohamed Ben Ahmed.

Certains avaient des galons dans l’armée française : Les algériens Rabah Mohamed et  Abdallah Ben Amar Meraidi  (20 ans),  le conducteur de train, avaient le grade de caporal .   Le tunisien  Abdelkader Bouhaik (45 ans) était sergent, tout comme son beaucoup plus jeune compatriote Amor Ben Hadj ( 23 ans) .  Des grades qui sont dans la logique des choses en ce qui concerne ces deux derniers, puisque les tunisiens étaient plutôt des engagés volontaires, faisant ou envisageant une carrière dans l’armée française . On peut cependant remarquer  qu’aucun d’entre eux n’avait dépassé le grade de sous-officier. A cet échelon de l’armée la mort frappait indifféremment . Les sous-officiers tombaient souvent les premiers et ceux ci ne font pas exception;

Dans les faits tous sont morts pour la France. Pourtant ils ne figurent pas tous sur le site « Mémoire des hommes ».

 

 

 

Certaines fiches  remplies par le corps d’origine sont absentes,  d’autres  ont été remplacées comme dans  le cas de Bachir Abdelbi par des fiches partielles postérieures qui n’indiquent rien d’autre qu’une date de décès. ( Dans son cas la fiche originale existe, il s’agit juste d’une erreur de transcription du nom! )

Par ailleurs la fiche remplie par le corps ne représente qu’une partie du dossier militaire du soldat. Pour en savoir plus,  il faudrait pouvoir accéder au registre matricule du soldat où tout est consigné dans le moindre détail.   Lorsqu’il s’agit d’un soldat français né en métropole, c’est assez facile lorsqu’on connaît l’année de naissance et le lieu de résidence à l’âge de la conscription. Mais pour ce qui est des maghrébins,  les recherches dans les fichiers en ligne de l‘ANOM, même en possédant les informations demandées,  aboutissent peu en l’état actuel des choses.  La plupart des dossiers existent, puisque les fiches du « Grand Mémorial » en sont issues, mais y accéder est une démarche complexe à faire au cas par cas sur place ou par courrier,  lorsqu’on a suffisamment de données pour aboutir.

Il est vraisemblable que l’information du décès  n’est pas parvenue dans toutes les familles et ce pour plusieurs  raisons:

L’administration française a manifestement eu du mal à consigner correctement l’identité des soldats qu’elle avait pourtant su recruter : il n’y avait pas encore d’état civil en Afrique du Nord et nos soldats décédés à Orléans sont désignés par leur prénom, par exemple « Ali » ou « Mohamed » en lieu et place d’un nom de famille, suivi de leur identité généalogique dans leur tribu d’origine, ou dans leur douar,  « ben » ou « bou » ou « ould » signifiant fils de… Les dates de naissance sont « estimées ».  Difficile sauf exception de remonter à la famille par un registre d’état civil. L’adresse  exacte du domicile au sens où nous l’entendons aujourd’hui  est donnée sur une seule des fiches, mais  on mentionne assez souvent la tribu ou le douar ce qui devait en principe permettre de faire redescendre l’information. Mais parfois la fiche comporte peu d’indications, pas même celle du bureau et de la date de recrutement.

Il y a aussi beaucoup d’homonymes. Ainsi il existe 96 Ahmed Ben Ahmed et il est bien difficile de retrouver la fiche  de celui qui est mort à Orléans  sur le Grand Mémorial.

Cependant même si certaines démarches n’ont pas abouti,  le bas des fiches prévu pour l’enregistrement du décès montre une volonté de transmission à l’autorité locale.

Ainsi dans le cas de l’algérien Draouzia Ben Abbas dont la famille réside manifestement dans une commune où les registres d’état civil sont bien tenus, l’on peut-être certain que la nouvelle du décès est parvenue  au moins à la mairie.

 

Seule l a fiche de Krifs Abdelkader dit  explicitement que sa famille a été prévenue.

 

 

 

 

 

La fiche ci-contre montre que l’administration  a recherché en vain la famille du marocain   Mohamed Ben Ahmed, recruté à Kenitra, sur la ville voisine de Petitjean , aujourd’hui Sidi Kacem, où se situe son douar natal Oulad Bou Said. Ils ont cherché la famille aussi à Ksiri. Le nom de tribu rayé « Beni Hssen » est pourtant le bon .

Le trait qui barre la fin de la fiche montre  que l’on n’a pas  pu transmettre la nouvelle du décès à ses proches.

 

On remarque aussi que l’on n’a aucune information sur le premier de la liste Abd Mohammed sinon la date de son décès et son identité militaire. De même pour Beni Allah Aïssa. Sans doute les noms ont-ils été mal notés. Un demi-malheur par rapport à ces centaines de milliers de soldats inconnus dont on a  retrouvé le corps sans pouvoir l’identifier.

Pour toutes ces raisons, s’il est aujourd’hui possible à des descendants de retrouver  où leurs ancêtres poilus français ou allemands sont tombés,  c’est mission quasiment impossible pour ce qui est des soldats maghrébins. Les forums regorgent de ce type de demande d’aide à la recherche, qui restent sans réponse. Inversement nous n’avons pu retrouver sur les sites de généalogie aucun descendant des 73 disparus. Peut-être cela viendra-t-il par la diffusion et le partage de cet article.

Tous sont morts pour la France et la plupart d’entre eux ont la mention « mort pour la France », une récompense morale, qui honore le sacrifice des combattants morts aux champ d’honneur et des victimes civiles de la guerre. Elle confère aux victimes une reconnaissance et un statut individuel,  ainsi qu’ à leurs  ayant-droits : une sépulture individuelle et perpétuelle dans un cimetière militaire aux frais de l’État, une pension de veuve de guerre, un statut de pupille de la Nation pour les enfants du « mort pour la France. »

Lorsqu »il ne disposait pas d’assez d’informations pour indiquer sur la fiche de décès si le soldat avait droit à la mention  » Mort pour la France » ou pour répondre à la demande de cette mention par la famille , le Maire d’Orléans  écrivait à l’autorité militaire .  Nous avons trouvé  la fiche du maire concernant (H)Ali Ben Habett (Abed) . La réponse ne peut-être que positive vu la nature de la mort : « péritonite due à une plaie pénétrante dans l’abdomen ».   Impossible de savoir si la famille a  réclamé et reçu la pension correspondante.

Une autre fiche de ce type accorde à Reboub  Otman cette même mention. Il ne figure pourtant sur aucun des documents, ou sites  et n’est pas enterré à 0rléans, du moins pas dans le carré militaire. Il est vraisemblable que peu de familles ont réclamé la pension par manque d’information. Nous n’avons trouvé en tout cas  dans le dossier des demandes de pension conservé aux Archives Municipales aucune lettre concernant l’un  des soldats du « cimetière musulman ».

Parmi les algériens,  certains  figurent dans le livre d’or du ministère des pensions .

Pour Alger :  Nefouci Mohamed et  Raffed Ramdan Ben Said .

Pour Boghar : Kanfousse Mulud

 

La recherche se fait par ville. Mais il est le plus souvent impossible de savoir dans quelle ville chercher.

Bien que le « Souvenir Français » qui assure l’entretien de ce cimetière militaire depuis sa création ait honoré sans aucune exception les tombes d’une cocarde  « mort pour la France », la lecture des fiches remplies par le corps d’appartenance montre que quelques soldats de cette liste n’ont pas reçu cette mention,  tel Naoui Saknouné qui  fait partie des « non morts pour la France » . Il était malade et  sa fiche de corps ne précise pas que sa maladie était une suite de la guerre ou  sa famille n’a pas pu en apporter la preuve. Sont  dans le même cas de figure Krifs Abdelkader et Belouar Arezk Ben Mohamed.  La mention de « suites de blessures de guerre  » ou « suite de maladie explicitement contractée pendant le service  »  donne en général droit  à la mention honorifique  de « mort pour la France ».

En croisant les sources, notre association  a pu sortir de l’oubli ces combattants  venus d’Afrique du Nord, leur rendre hommage et  rappeler le lourd tribut payé par les pays colonisés à cette guerre partie d’Europe et devenue mondiale par le jeu des alliances.  Une guerre  qui a coûté la vie à 18 millions de personnes  et  a fait 20 millions de blessés.

NB : Cet article fleuve  est évolutif car les recherches sont encore en cours. Il est ouvert aux  modifications et rectifications.  Donc n’hésitez pas à commenter, à partager  et  à réagir.

Sources  :

 

 

 

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